La colocation : la meilleure expérience de ma vie

Je voulais faire une belle introduction à ce qui suit mais je n’y arrive pas alors rentrons dans le vif du sujet !

J’ai vécu en colocation avec 7 personnes pendant 3 ans. Avec en tout une bonne vingtaine de personnes différentes, dont un gros changement de population en juin 2011 où tous les anciens occupants (sauf moi) ont « lâchement » fuis et ont été remplacés par 7 mecs qui m’étaient totalement inconnus. Ouais façon blanche neige et les sept nains, mais version hardcore estudiantin.
Avant de parler un peu plus de mon expérience « unique et hors du commun » de vie en communauté, je tiens à préciser à mes colocs qui me liront peut-être que je ne compare pas une version à une autre, c’était juste tellement différent. Et aussi, je ne fais pas une critique de telle ou telle personne, de tel ou tel moment ou action ou rien du tout. C’est mon petit point de vue sur ce qu’a pu être notre vie durant cette période là et rien de plus. (c’est mon interprétation de la chose, voilà tout.) Notez que je parle de mes colocs au présent, parce que oui, être coloc c’est à vie – ou presque.

La Coloc

C’est devenu avec nous LE lieu étudiant branché où faire une soirée, tout le monde connaît quelqu’un qui a vécu là-bas. C’est toujours amusant de parler avec un inconnu qui te parle d’une baraque avec une dizaine d’étudiants qui vivent ensemble et qui ne se rend même pas compte qu’il parle de chez toi.

Mais comment tu fais pour habiter avec 7 personnes ?

C’est une question que l’on m’a beaucoup posé et qui s’accompagnait souvent d’un naïf « Moi je pourrais pas. Je sais pas comment tu fais ! » sans vraiment savoir pourquoi ni sans vraiment y réfléchir. Parce que moi non plus « Je ne pourrais pas ». Pourtant je l’ai fait et même que maintenant que c’est fini ça me manque un peu.
Faut savoir qu’on avait trouvé le lieu parfait, immense, peu cher, classe, et avec un atelier (étudiants en Arts Plastiques) et une cave ou plutôt LA Cave. (oui parce que quand même, qui dit étudiants, dit soirées. Et oui, nos voisins nous ont haïs.). En gros, on avait tous notre chambre, impossible de vivre à autant sans notre espace perso, et de très grands espaces (salon de 80m² etc). Cet appart’ c’était un peu notre fierté nationale (la mienne en tout cas), les gens qui venaient nous voir hallucinaient, etc. Et il y avait de quoi quand même. 650 m² sur 4 niveaux, des garages, une terrasse et une cour intérieure. Y a pas à dire, on était bien posés.

Et si on habitait tous ensemble ?

Je crois que ça a commencé comme ça. Une idée un peu folle qui trottait en nous sans qu’on ne se l’avoue. On était assis sur les marches de la fac et on rêvait à notre utopie communautaire. Très vite on s’était rendu compte que Saint Étienne nous permettait de trouver un appart’ pas cher et grand si on s’associait. Et comme on vivait soit dans une chambre universitaire de 9 m² (mon cas), soit dans des petits appartements, avoir un grand logement était un peu notre rêve. Surtout qu’en plus on étaient souvent les uns chez les autres, alors autant vivre ensemble ça fera des économies.
En tout, on a visité deux appartements. Le premier était bien, mais pour 4, pas plus.
Et puis on est tombé sur l’annonce du siècle. On n’y croyait pas vraiment quand on a appelé le proprio pour visiter – ça coûte rien de visiter -. Mais je crois que personne ne s’imaginait se prendre la claque qu’on c’est tous prise en entrant là dedans. Vraiment. On était euphorique un peu comme si on venait de nous annoncer qu’un avait gagné un million de milliard d’euros. Vraiment. On était chez nous.

« C’est cool » et c’était à nous

Trois mois après la rentrée, trois mois après s’être rencontré, on emménageait ensemble. Au départ, on était 7 étudiants d’art plastique et un américain. (ça a bougé petit à petit, mais toujours avec une grosse majorité de plasticiens.)
C’était le début de l’aventure. En reparler, y repenser ça me rend toujours mélancolique (p’tites larmes dans les yeux et tout), y a tellement eu de moments bien, des moments à nous.

C’était une grande aventure : Indiana Jones c’était une tapette à côté de nous

C’est marrant parce que personne n’y croyait vraiment, surtout dans nos amis de la fac et je pense aussi nos parents, qui ont accepté notre folie sans trop poser de problème alors que, quand même, s’installer avec 7 autres presqu’inconnus en milieu d’année scolaire c’était pas rien non plus.

Et puis on est devenu « Les Colocs »

J’vais pas mentir, ça n’a pas toujours été facile. Rien que le ménage prenait des dimensions hallucinantes et c’était un peu le chaos, surtout dans le double évier de la cuisine. Ça a pété des gros câbles à cause de ça, parce qu’on ne vivait pas tous de la même façon. Mais avec le recul, ça ne fait pas vraiment parti des souvenirs que je garde de ces 3 ans. C’est sur, c’était horrible parfois de voir l’évier retourner à la vie sauvage, mais bon, maintenant ça me fait juste rire d’y repenser.
C’était l’anarchie. On a tenté les réunions, les plannings, on s’est engueulés. Tous ensembles. Les uns avec les autres aussi.
C’est sur que c’était pas évident. On vivait ensemble les uns sur les autres et on allait aux mêmes cours. (C’était drôle d’ailleurs d’arriver entre colocs à un cours. Certains profs étaient au courant, ça leur rappelait leur propre période universitaire.)

Tu te sens pas DU TOUT oppressé quand tu vas pisser, ouh non.

On a ris ensemble, on a pleuré ensemble aussi. On a bossé ensemble (point trop n’en faut, mais on l’as tous eu notre licence.) On a fait la fête. On a vomi tous une fois, je crois. On a inventé des mots du futur, des concepts, des expressions qu’on gardera toute notre vie. On a buté du zombie (beaucoup). On a du regarder 13h mille de films d’horreur tout mal fait. On a eu des caddies. Ils ont fait de la musique. On a eu des gens trop célèbre chez nous. (Célèbres à Saint-Étienne, ok, mais bon KNX, quand même.) On a eu des mites. On les a tuées d’ailleurs. J’ai des vidéos qui l’atteste. « C’est de la bile ! » On a crié. Surtout Mélissa. On a fait un vinyle et un cd (putain de Cosmos!). On a inventé les cocktails de l’Epreuve en cours de cinéma et on les a testés. On a fait une soirée Lady Gaga (ouais je sais…). On, enfin, j’ai chanté des chansons américaines en français durant les soirées (j’avoue, surtout du Lady Gaga et du Katy Perry. Traduisez mot à mot, vous comprendrez.). On s’est inventé des noms (et on a même mis des suffixes « russes » à nos prénoms sur la fiche d’appel du prof de photo.). On a bravé la fin du monde au moins 150 fois. On a fait des expositions et des concerts (oui, chez nous.). Ils ont fait des vidéos bizarres. On a fait des gâteaux. (Oui parce qu’il y a aussi eu un coloc papâtissier.)

« Une pour toutes et toutes pourries »

Et puis ils ont déménagés. Avec le recul de six mois sans eux mais avec les nouveaux eux et de six mois de vie seule, je ne sais pas trop pourquoi je suis restée. Non pas que je n’ai pas apprécié vivre avec les nouveaux eux. Je pense que je n’avais pas vraiment envie de quitter tout ça, je n’étais pas prête. J’étais bien dans la grande maison avec plein de monde. À la base je devais partir aussi et me mettre en coloc avec une de mes colocs et puis je me suis énervée sans trop savoir pourquoi et ça s’est pas fait. Je pense qu’on était toutes les deux fatiguées de pas trouver d’appart’ et j’ai craqué. (et des fois je m’en veux un peu, j’avoue. (Et je suis bien désolée d’être un peu conne des fois, parce qu’on se serait éclatées toutes les deux à habiter ensemble.))

A la place …

J’ai eu mes 7 mecs, mes 7 protecteurs (c’est crédible?) et c’était bien aussi. Ça s’est décidé sur un coup de tête à 3h du matin dans la cave. Je n’ai pas regretté d’avoir accepté. J’étais bien aussi. C’était vraiment différent mais c’était bien aussi. C’était différent non pas parce qu’il n’y avait que du mâle mais parce qu’ils étaient différents. Ce n’était pas des étudiants en Arts. Certains bossaient. (2-3 ans de plus de moyenne d’âge je dirais) Il y avait des étudiants infirmiers aussi. (bon pas que, mais je vais pas détailler le cursus de chacun non plus). J’ai surtout passé mon temps avec les infirmiers, principalement parce qu’ils glandouillaient autant que moi. Surtout l’été.
On a regardé des films un peu nuls et on a joué à Call of Duty. Enfin eux surtout. Moi je me moquais. (Surtout quand la connexion plantait ou qu’ils mourraient bêtement douze fois de suite.)
La grande nouveauté était les réunions-repas une fois par mois. Le principe était bien. Un ou deux hommes cuisinaient (avec talent d’ailleurs), on s’engueulait avant de manger et on se mettait d’accord devant 3 kg de poulet. (oui 7 mecs avec des estomacs sans fond et moi, ventre sur pattes). « On fait une minute de silence pour les poulets qu’on vient de manger ? » On avait un beau planning excel avec nos noms et les pièces à nettoyer. On la pas vraiment respecté. Croyez pas que c’était des ouf du ménage. Si j’avais habité avec Mr propre je vous l’aurai dit. Mais c’est toujours resté à peu près comme il faut. Oui d’accord j’ai pèté un câble silencieusement parce que j’étais la seule cruchasse à passer la serpillère dans la cuisine. Mais ça m’énervait pas vraiment.

On a bien rigolé ensemble. Surtout à cause des conneries qu’on disait. On a bien mangé. J’ai découvert le maroilles. J’ai découvert Minecraft. Non je n’y joue pas. C’est trop moche pour les yeux. On a regardé StarWars sur un écran de 3 mètres (coucou le rétroproj’). Ils ont joué au foot sur la console. On a fait un barbecue sous la pluie (j’ai des idées géniales des fois). On a fait numéro 1 avec des bouchons en plastique et un fer à souder. Ils m’ont appris à faire une prise de sang. Ouais, et bin c’est vraiment bizarre comme sensation de faire subir une de ses phobies à quelqu’un qui s’en fou totalement. Avoir des colocs infirmiers, c’est aussi entendre des anecdotes dégueulasses sur les hôpitaux et les patients. Ouais.

Je précise au passage, comme j’ai, quand même, vécu avec 7 mecs, en étant la seule présence féminine de la maison, que c’est loin d’être aussi pire qu’on pourrait le croire. Quand j’ai accepté de vivre avec eux, j’avais déjà passé un peu de temps à les voir vivre et je savais qu’ils étaient suffisamment civilisés pour moi. (oui on sait jamais.) Contrairement à certains clichés sur les hommes, ils ne sont pas plus crades que les filles, ne font pas plus pas moins le ménage (en moyenne), cuisinent aussi, et pas que des sandouiches, des frites et des steaks. (Je passerai sous silence le mangeur de pain tartiné de mayonnaise, promis 😀 ). Je suis devenue proche d’eux beaucoup plus vite qu’avec mes autres colocs d’avant, aussi parce que j’ai vécu avec eux du jour au lendemain et que je n’ai pas eu le choix, mais j’aurai pu aussi simplement fuir.
Pour l’anecdote lorsque j’ai changé de colocs j’ai conservé ma chambre. Sauf que, comme je n’étais pas censée rester, toutes mes affaires ont été à un court moment encartonnées dans l’atelier. J’avais vidé ma chambre quand ils m’ont proposé de rester. Alors pour avoir un peu de chamboulement dans la vie, j’ai réorganisé ma chambre, ou, en gros, j’ai inversé mon lit et mon bureau. Comme ça illusion d’avoir changé de logement. (je suis trop une ouf quand je m’y mets.)
Parmi les choses qui me faisait le plus bizarre après avoir changé de colocs c’était d’entrer dans un chambre et du voir des affaires qui n’appartenaient plus à « la bonne personne » qui occupait la chambre avant. C’était tellement une sensation étrange de voir d’un coup toutes les chambres désertes et puis re-remplies aussitôt après. Comme s’ils s’étaient évaporés et que d’autres personnes les avaient remplacés la seconde suivante.

Et puis je suis partie

Ça m’a fait mal de partir. Parce que j’aimais bien avoir du monde chez moi (même si des fois il y en avait vraiment trop) et parce que j’aimais vraiment cet endroit (et mes colocs, bien entendu). Maintenant je vis seule, pour la première fois si on oublie les vagues premiers mois dans ma boîte à chaussure universitaire. Et oui, ça fait vraiment super bizarre d’habiter seule. Mais vraiment.
?
Sans vraiment y croire, on en avait fait notre utopie imparfaite et on s’était recréé une famille un peu particulière en deux ans et ils resteront pour la majorité ma petite famille encore longtemps. (ouais même toi là-bas qui t’es barré avant tout le monde faire des cocktails loin de nous.)
[Oui je parle de la première version de la coloc comme de la grande famille et pas de la deuxième. Peut être juste parce que je suis restée vraiment longtemps avec eux et qu’on a vécu ensemble le début de l’aventure. Mais ils n’en sont pas moins important.]
C’est quand on n’y est plus qu’on se rend compte que c’était bien et que ça nous manque. Lorsque que la coloc première version s’est dispersée, il était temps. On n’aurait pas pu continuer ensemble pour une multitude de raisons. Il était temps. C’est tout.

C’est surtout les débuts de notre aventure qui me rendent nostalgique. On était là dans notre grande maison vide. Il y avait les grèves, alors on avait l’impression d’être dans une maison pour les vacances, que c’était pas vraiment pour de vrai et on a vécu énormément de bons moments à cette période là. On a appris à se connaître et on a bien rigolé.
Maintenant que j’ai quitté cette aventure et que j’habite seule, ça me manque un peu nos délires qui durait des semaines entières et notre complicité. Même si au fond c’est pas fini puisqu’on est pour la plupart toujours en cours ensemble. Et même qu’on a encore tous validé notre année parce qu’on reste les plus meilleurs du monde.

Et puis mes anciens 7 nains (Blanche neige, tout ça, suivez !) sont toujours là dans mon ancienne maison (pas tous, y a eu du changement depuis) j’essaye de me forcer à revenir les voir un peu parce que c’était bien aussi et qu’ils me manquent quand même.

Oui, cette photo n’a pas grand chose à voir mais c’était nos bambous…

Avec le recul

Le peu de recul que j’ai maintenant, je sais que j’ai énormément grandis grâce à la coloc et à tous ces eux. J’ai appris à vivre avec des gens, à supporter des choses, à comprendre les gens (un peu). Et le plus important, j’ai appris sur moi-même. Je ne pensais pas pouvoir vivre en communauté et surtout pas aussi longtemps, je suis à la base un peu une solitaire (une fausse solitaire certes.) et avoir constamment 7 personnes avec soi n’est pas toujours facile à vivre, mais on s’habitue trop vite en fait.
Je pense qu’on s’en rends pas tous bien compte encore, mais elle nous a rendu adulte cette baraque, avec toutes nos conneries de gamins, nos grandes discutions philosophiques et nos expériences mises toutes bout à bout. On est devenu grands (bon certainement pas tous autant ni de la même façon) mais je pense qu’on oubliera jamais cette expérience un peu folle qu’on devait tenter, parce que c’est le genre de chose qui n’arrive qu’une fois.

On a tissé des liens entre nous qui j’espère ne s’effilocheront jamais.
Et en tout cas, personnellement, cette coloc m’aura apporté tellement plus qu’un simple toit où vivre durant mes études.
(Je vous aime fort les copains. Oui tous. Pas tous pareil mais tous quand même.)

Et pour finir en beauté : LA photo qui résume une bonne partie de l’ambiance de la vie en coloc, présidée par la magnifique Mélissa, et son amie la plastifiante Lucie. = C’est n’importe quoi. (Pour ceux qui se demandent : c’était pour un projet d’arts pla. Le prof a même mis ses doigts dedans. Oui.) (Si jamais y a du coloc qui passe lire mon blabla, dites moi si vous acceptez votre tronche ici, parce que j’ai mille photos chouettes pas trop compromettantes à rajouter mais j’ose pas trop.)