Critique Livre Zoo City de Lauren Beukes

Via le site D‘Eclipse, nous pouvons lire à propos de Zoo City:

Zinzi possède un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues.
Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre.
Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne.

Zinzi December est narrateur dans l’ouvrage de Lauren Beukes. L’écriture et le style sont fluide, on se prend rapidement dans l’histoire de cette femme animalé qui tente de se sortir d’une sombre histoire de dettes. Avec des références nombreuses à certains conflits africains (Rwanda, Congo), on découvre un monde qui est le notre, et qui pour autant, semble tellement différent. Les criminels ont tous un animal marquant leurs fautes, et peut être leurs regrets, et semblent parqués dans une banlieue mal famée et malsaine. C’est là que Zinzi vit et survit en faisant de faux emails à des « pigeons » occidentaux ou simplement plus riches qu’elle pour Vuyo, son créancier. Odi Huron l’engage pour retrouver Songweza, en raison de son pouvoir pour retrouver les objets perdus. C’est un bon moyen de se sortir de tout ça pour elle et de payer Vuyo. C’est là que l’histoire commence vraiment. Zinzi part à la recherche de cette jeune star qui semble avoir disparu de la circulation d’une manière louche. Et ça l’ammène vers bien des ennuies. A cela se superpose une petite histoire d’amour avec Benoît, un animalé lui aussi.

Si Zoo City m’a attiré c’est d’abord par sa couverture que j’ai trouvé vraiment attractive, comme quoi la couverture d’un livre s’avère aussi importante. Et puis l’arrière était mystérieux et surtout ce livre était vainqueur du Arthur C. Clarke Award 2011 qui récompense les meilleurs livres de science fiction. Etant depuis peu une adepte de ce genre littéraire, je me suis lancée. Le style de Lauren Beukes m’a tout d’abord plu, bien que je doive lui reprocher une vulgarité trop présente. Il n’était pas nécessaire d’utiliser les mots « putain, baise etc. » à tout bout de champs si je puis dire. Je pense cependant que ça s’apparente à son personnage. L’enquête en elle même m’a semblé bien construite mais parfois un peu longue, peut être aussi un peu incertaine. De plus on se perd facilement dans les noms de personnages qui sont nombreux et dont la détermination change souvent. Zinzi leurs donne régulièrement des surnoms qui empêchent une compréhension globale dans certaines discussion et oblige à relire plusieurs fois afin de bien comprendre qui est qui. Je note une accélération notable de l’histoire en deux parties. La première est plutôt lente, l’enquête avance peu et on à l’impression d’avancer dans une marre de boue. La deuxième partie va beaucoup plus vite mais reste confuse. C’est ce déséquilibre finalement entre les deux parties qui me dérange le plus. Sans compter que certaines choses de l’histoire ne sont pas, et ne seront jamais, dévoilées ce que je trouve regrettable.

Cependant malgré ces critiques sur la forme de l’histoire, le fond est à mon gout original et plaisant quand même. Je ne dirais pas que j’ai été passionnée mais la relation entre un animal, image du mal qu’on a pu faire et de ses travers, et la personne est très intéressante. Elle n’est pas sans rappeler Philip Pullman, mais c’est bien entendu très différent. Ce roman de science fiction mêle un thriller noir et de la magie dans un Johannesbourg rongé par les différents malfrats qui la jalonnent. Zinzi December est un personnage intéressant avec un lourd passé qu’elle ne partage pas spécialement, mais qu’elle ne cache pas non plus. On la voit évoluer tout au long de l’histoire et passer d’une femme sans pitié à quelqu’un qui s’avère avoir des sentiments qui était peut être cachés sous une carapace. Paresseux, son animal, possède un aspect important aussi dans l’histoire, ses petites interruptions révèlent un aspect que l’on dira comique, dans les situations qui sont pourtant parfois grave, voir inextricable. Je tiens à signaler un dernier point qui peut être dérangeant pour certains mais intéressant pour d’autres: l’utilisation de termes sud africains (explicités dans le lexique). Personnellement je n’ai pas apprécié devoir aller dans le Lexique pour chercher les significations et je ne l’ai pas fais. Lauren Beukes a voulu exploiter l’Afrique du Sud dans ses moindres bas fonds, et je lui reconnais un énorme travail de recherches pour certaines choses qui ne sont pas négligeables. Je pense qu’elle a réussi à me faire entrer dans son monde malgré les choses qui ont pu me déranger, un monde malsain, sordide dans une ambiance qui pourtant se mêle à des rites magiques s’apparentant au vaudou, sous une inspiration musicale rock et africaine. Des mélanges que je dirais très réussis.

Pour ceux que Zoo City intéressent voici un extrait trouvé sur le site D’Eclipse : Extrait.

Zoo City (2010), Lauren Beukes traduite de l’anglais (Afrique du Sud) par Laurent Philibert-Caillat, Bibliothèque Interdite (Eclipse), juin 2011, 343 pages, 18 €